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Où le sol de Montpellier s'enfonce-t-il plus vite que le reste de la ville ?

Un satellite radar européen mesure au millimètre près le mouvement des toits, tous les 6 à 12 jours. On a rattaché 293 000 de ces mesures à chaque bâtiment de Montpellier et de cinq communes du nord-est (2020-2024), puis on a vérifié ce qui tient debout.

Copernicus EGMSSentinel-1IGN BD TOPOBRGM argilesBAN
48 421bâtiments suivis sur 6 communes
293 372points radar rattachés
−0,98 mm/antendance moyenne de la zone
−5,6 mm/anîlot de bureaux du Parc Club du Millénaire
Démo en direct · carte, fiabilité, courbe mensuelle au clicPlein écran ↗
La question

Le sol bouge, mais où, et de combien ?

Retrait-gonflement des argiles, tassements, remblais : les sinistres liés au sol coûtent plus d'un milliard d'euros par an en France, et Montpellier a été reconnue en catastrophe naturelle « sécheresse » en 2022 comme en 2023. Pourtant, personne ne regarde bâtiment par bâtiment les mesures satellite disponibles gratuitement.

Le service européen EGMS publie des millions de points radar, mais sous une forme brute : points, orbites, lignes de visée. L'objectif était de les traduire en une carte lisible par bâtiment, avec un indicateur de fiabilité honnête, et de vérifier les cas remarquables avant d'en parler.

Les données
  • European Ground Motion Service L2b calibré, release 2024 · Copernicus / AEEaccès libre · points Sentinel-1
  • Orbites A19-059 (ascendante) et D19-037 (descendante) · janv. 2020 → déc. 2024série 6 à 12 jours
  • BD TOPO, emprises des bâtiments · IGNLicence ouverte 2.0 · bâti
  • Aléa retrait-gonflement des argiles 2019 · BRGM / GéorisquesLicence ouverte · 1:50 000
  • Base Adresse Nationale · recherche d'adresseLicence ouverte · adresse
  • Plan IGN et orthophotos · GéoplateformeLicence ouverte · fond
La méthode
  1. Collecte des points radar EGMS des deux orbites sur les six communes, fusion des niveaux de tuiles (9, 10, 11) selon la densité.
  2. Rattachement de chaque point à l'emprise BD TOPO d'un bâtiment (tampon de 3 m), vitesse médiane par orbite.
  3. Décomposition des deux lignes de visée en mouvement vertical et est-ouest (inversion 2×2, nord-sud négligé), puis écart à la tendance moyenne de la zone.
  4. Fiabilité par bâtiment : au moins 6 points, deux orbites, cohérence EGMS ≥ 0,7, points concordants, horizontal apparent ≤ 3 mm/an, pas de saut brusque. Seuls 10 431 bâtiments passent tous les filtres.
  5. Contre-enquête sur les regroupements suspects : toutes les séries dans un rayon de 300 m, comparaison aux alentours et au produit vertical officiel EGMS (grille 100 m).
Ce qu'on a trouvé

Une ville globalement stable, un îlot qui s'enfonce

La zone descend en moyenne d'environ 1 mm/an, une valeur en partie liée à la référence GNSS. Seulement 40 bâtiments de fiabilité bonne s'écartent de plus de 2 mm/an de cette moyenne, et trois groupes d'au moins trois bâtiments ressortent dans tout Montpellier.

Le plus net est le Parc Club du Millénaire, parc de bureaux de Port-Marianne. Huit bâtiments de 1988-2002, porteurs de 94 points radar, s'enfoncent d'environ 5,6 mm/an en vertical, régulièrement, de 2021 à 2024. Au-delà de 120 m, les 1 800 points voisins suivent la tendance de la ville. Le produit officiel EGMS confirme : −8,9 mm/an pour la maille de l'îlot, contre −2 à −4,6 pour les mailles voisines.

Carte des vitesses radar autour du Parc Club du Millénaire, orbites ascendante et descendante : un groupe de points rouges au centre d'un quartier pâle
Vitesse en ligne de visée des points radar, rayon 300 m. Le groupe rouge au centre se retrouve sur les deux orbites.
Séries temporelles 2020-2024 : les points de l'îlot descendent régulièrement de 20 à 25 mm en médiane, les alentours restent proches de zéro
Chaque trait fin est un point radar. En rouge, médiane de l'îlot ; en gris, les alentours. Les chutes brutales de juin 2022 sont traitées comme suspectes.

Ce que l'enquête a écarté : le chiffre spectaculaire de « 9 cm » sur un seul bâtiment. Les deux orbites se contredisent et un saut brusque apparaît en juin 2022 ; ce signal est classé « fiabilité faible ». La cause du tassement reste inconnue : l'argile seule ne l'explique pas, car les centaines de bâtiments voisins sur le même aléa sont stables.

Pour une entreprise
  • Assureurs et courtiers : repérer les secteurs à mouvement anormal dans un portefeuille, prioriser les visites de prévention, documenter l'historique d'un sinistre sécheresse.
  • Experts sécheresse et bureaux d'études géotechniques : savoir avant la visite si le mouvement est local ou partagé par tout le quartier, et depuis quand il a commencé.
  • Collectivités : cartographier les zones à surveiller, appuyer un dossier de reconnaissance CatNat, suivre réseaux et ouvrages.
  • Gestionnaires de parcs immobiliers et promoteurs : contrôle de stabilité d'un site existant ou voisin d'un projet, avant et après travaux.
Limites

Indicateur statistique, pas une expertise. Environ 20 % des bâtiments n'ont aucun point radar et seuls 22 % ont une fiabilité bonne. La composante nord-sud est ignorée. La tendance moyenne dépend de la référence GNSS. L'accès aux séries passe par une interface EGMS non documentée : un usage professionnel demanderait les téléchargements officiels. Aucun bâtiment d'habitation n'est désigné ici : la démo publique n'affiche ni numéro de rue ni parcelle, et un mouvement mesuré n'est pas un constat de désordre. Le cas du Parc Club reste à confirmer sur le terrain (gestionnaire, nivellement).

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